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La Tunisie - Désertboriste
Extrait d'une conférence donnée vers 1902 auprès de la Société d'Etude du Sahara Français (Paris) Le désert, comme chacun le sait, est désertique. C'est bien là la moindre des choses, me direz-vous, et j'en conviens volontiers, toutefois, laissez-moi vous faire part de quelques curieuses observations naturalistes que je fis récemment dans une contrée aride du Sahara et qui prouvent à l'évidence que non seulement, pour être désertique, le désert n'en n'est pas pour autant désherbé, mais encore, qu'avant d'être désertique, il fut dûment herbé ! Sans revenir sur les motifs autant spirituels que scientifiques qui m'ont entraîné dans cette expédition botanique, géologique et ethnologique, aux multiples péripéties, dans la narration desquelles je ne me lancerai pas non plus ici, voici directement l'exposé de mon argumentation. Permettez-moi simplement, en préambule, de souligner le caractère exceptionnel des documents que je présente ici et que je mets gracieusement à la disposition de la communauté savante afin qu'ils contribuent à l'établissement d'une vérité définitive et certaine, découverte grâce à l'agencement raisonné des faits soumis à une pensée scientifique rigoureuse et éclairante. Voici tout d'abord une vue générale qui montre au néophyte la cohabitation des principes minéraux et végétaux dans le désert, remarquable tant par l'alternance des zones sableuses stériles et rocheuses fertiles, que par l'harmonie apaisante des couleurs qu'elles nous offrent.
Voici ensuite une variante de marguerites (marg. effeuillansis elbormae sp.) découverte sur les rives d'un lac bien connu de certains de nos lecteurs (oui, celui-là!)
et une fleur soleil que j'offre par la pensée à une certaine personne qui se reconnaîtra [note: sans doute ma grand-mère].
Passons maintenant à la présentation de quelques forts spécimen de la vigueur génératrice qui surgit du désert dans la saison printanière et qui démontrent à l'évidence que c'est un principe masculin qui seul pourra peut-être un jour redonner au désert toute sa fertilité passée (tout comme il est bien démontré par l'Histoire que ce que sont les hommes qui érigent les civilisations, tandis que les femmes se contentent de les peupler).
On voit donc que le désert n'est pas totalement désertique, et tout cela est indéniablement prouvé par la vérité des faits indiscutables que j'ai exposés sous vos yeux. Mais, me direz-vous, rien n'indique encore que dans les temps anciens le désert ne fut pas plus aride qu'aujourd'hui, et non pas moins, comme je l'annonçai tout à l'heure. Tout d'abord j'affirme avec force que le désert fut bel et bien moissonné, oui, je dis bien moissonné, par les lointains ancêtres qui peuplaient ces contrées dans les temps reculés ! Fait sans doute unique dans l'histoire et fruit d'un hasard miraculeux, j'ai moi-même été le témoin visuel de cette incroyable découverte: alors que la nuit était tombée, peu après l'érection de nos tentes, et alors que je m'approchais du feu de camps, notre guide autochtone plongeait sa main sous le sable, sans doute par simple jeu, et en exhumait une galette de froment ! Oui, mesdames et messieurs, les sables avaient conservé intact un dépôt de farine ancestrale que, mille ans peut-être plus tard, la proximité de notre feu venait à peine de faire cuire, et qu'une main ingénue révélait à l'humanité moderne reconnaissante ! ![]() [note: c'est sans doute l'origine de la recette du pain de sable tel qu'il est préparé de nos jours] Naturellement, j'excavais alors de grands volumes de sables alentours à la recherche d'autres dépôts de farine, et c'est alors que j'eu la stupéfaction de découvrir un fossile botanique qui consolide la preuve de la culture céréalière par celle de l'horticulture ! Oui, mesdames et messieurs, non seulement le désert produisait du blé, mais également des roses !
[note: je dois signaler que les théories actuelles ne confirment pas cette hypothèse] Enfin, si besoin était de compléter l'éventail éloquent des faits rapportés jusqu'ici, je vous livre en guise de conclusion une réflexion d'ordre ethnologique qui achèvera de convaincre les plus sceptiques d'entre vous. Oui, avant d'être essentiellement hérissé de cailloux pointus, le sol du désert fut bel et bien couvert d'une véritable prairie d'herbes douces, et ce dans une période peut-être plus récente qu'on ne le croit. Comment, sinon, expliquer que les descendants actuels des populations de cette époque verdoyante n'aient pas encore pris l'habitude de porter des chaussures ?
J'ai l'immodestie de croire, Mesdames et Messieurs, en la contribution des faits rapportés ici à la construction toujours plus éclairée des savoirs et des raisonnements qui fondent les progrès de l'humanité, et dont tous les attributs de nos sociétés modernes illustrent à la fois le sens inéluctable et le triomphe. [note: sur ce point, nous ne pouvons qu'être d'accord avec lui] [note : Pour exemple, le scan d'une photo originale d'herbe à chameau (n° 126) non restaurée, au dos du cliché la note suivante : "Touffe d'herbe à chameau, Larich, 30 nov 1896"
Article réalisé par François Date de création : 14/04/2006 @ 06:43 Réactions à cet article
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Préparation


Vers 1895, mon grand-père, Louis René Marchal, effectuait son service militaire sous le grade de caporal à Tataouine en Tunisie, dans un détachement du corps des tirailleurs sénégalais (constitué en fait de Tunisiens et d'européens). Il fut notamment amené à conduire à plusieurs reprises un détachement méharée de ravitaillement vers Fort Saint (l'actuel Borj-El-Khadra au point sud du pays, à la frontière commune avec l'Algérie et la Libye). Lors de ces incursions aux marges du Grand Erg Oriental, il collecta de nombreux échantillons botaniques et minéraux et fit également pour le compte de l'armée une centaines de clichés photographiques sur pellicule au nitrate de cellulose (procédé Eastman). N'ayant jamais revu dans aucune de mes propres expéditions certaines des plantes qu'il avait photographiées, je suppose que certaines d'entre elle sont peut-être éteintes, ce qui confèrerait encore aujourd'hui à ces documents rare une certaine valeur scientifique. A son retour en France il donna, pour quelques cercles érudits, un certain nombre de conférences dont j'ai récemment retrouvé les notes, dans les papiers familiaux. J'en restitue ici quelques passages significatifs que j'ai illustrés d'images issues de la scannérisation et de la colorisation informatique de ses clichés. En espérant être resté fidèle à l'esprit, sinon à la lettre de l'époque, je vous livre cette reconstitution en hommage à celui qui m'a donné très jeune le goût des voyages africains et de la préservation des environnements naturels, et qui serait d'ailleurs sans doute émerveillé de constater, en grand amateur de progrès qu'il fut, toutes les avancées réalisées par l'homme, dans la période récente, sur ce sujet.












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